samedi 19 juin 2010

Saveur Inconnue : Prologue





A l'heure où j'écris ces lignes, la moitié de ce qu'on ne pourrait appeler un "roman" a été achevée. La moitié ? Je n'en sais rien en fait. J'écris au fil du temps et non au fil des pages.

Seul le décompte du temps est important car si j'attends trop, ma vision aura changé et tout serait à refaire.

Quand un évènement de ma vie (si courte soit-elle) m'émeut, quand je regarde un film, lis une phrase, entends un cri, sèche une larme, quand je retrouve une odeur perdue, quand je caresse un chat... Quand je cours dans l'herbe ou m'endors près des vagues, quand je regarde les passant,

Je me sens obligé de le coucher sur papier, je veux le faire partager comme d'autres l'ont fait pour moi. Je ne recherche ni gloire, ni fortune, ni même reconnaissance... Ce texte, c'est une bouteille jetée à la mer par un grand enfant ou un petit adulte.

Ce que je cherche, c'est le moyen de la lancer à travers les flots... qu'importe si elle n'est trouvée par personne, puisque sur mon île, je serrais heureux.

Le texte qui suit, même s'il voudrait bien le faire croire, n'est pas un roman et n'est surtout pas mon histoire. Il est le recueil des sensations, un essai sur les émotions, l'histoire de la vie adolescente telle qu'on la subit.

J'utilise ce verbe intentionnellement. Nous en venons à devoir survivre à notre adolescence... Années charnières de la vie, qui « détermineront notre futur professionnel et social » selon nos ainés. C'est aussi à ce moment que l'on découvre l'amour, la philosophie, on se questionne sans arrêt, la quête de soi commence... Tous les sens sont en éveil, notre sensibilité s'accrue et l'on s'attarde sur ces instants précieux qui font le bonheur de vivre.

Personne ne nous croit quand on dit que l'on va bien, personne ne nous entend quand on crie que l'on a mal... Alors on s'évade... Chacun dans son domaine... L'écriture, la lecture et l'amour comme la drogue, la souffrance ou la mort. Chacun fait comme il peut.

Moi, je vous donne ça.

Saveur Inconnue


Chapitre 1 : Septembre




Il est debout là, taciturne, dans ce même bus qui l'emmène tous les matins vers son lycée du 7ème arrondissement. Il est rarement réveillé à cette heure-ci. Son esprit lui fait encore défaut. Sa coupe de cheveux en bataille attire le regard des vieilles dames et ses yeux gris teintés de vert, celui des adolescentes parisiennes cachées derrière leurs écharpes de septembre.

Il se dit que l'hiver est en avance, que ces foutues saisons sont complètement déréglées. Il a, lui-même, adopté le pull et le la veste depuis trois jours.

« Des lendemains qui chantent malgré la pluie battante... »

Il a mis sa musique, il écoute Biolay, Miossec, Beaupain... Il se répète qu'il ne devrait pas écouter ça à son âge... Il n'y peut rien. Ces écorchés vifs lui narrent son histoire au fil des jours, des semaines, des mois...

« L'Amour c'est plus lourd que l'air, pas forcément nécessaire, et parfois même ça rend idiot... »

Ils lui ont dicté une marche à suivre, un rythme...

« L'Amour c'est comme de la poussière, qui vous glisse sur la peau... »

C'est d'eux, qu'il tient la dureté de son regard, sa démarche féline, ses répliques cinglantes. Pour une fois il y a des places assises. Il est toujours debout. Pas envie de s'asseoir, pas envie de se montrer comme ça.

La rentrée est passée depuis 5 jours. Son accident a eu lieu sur la bordure de la nationale peu avant.Il se repasse machinalement la main sur la nuque juste à l'endroit de la petite cicatrice brune, sous sa chevelure qui déborde sur le col de sa veste.

Plus que deux arrêts...

jeudi 17 juin 2010

Saveur Inconnue




Mauvaise journée, nouvelles rencontres.

Une fille.

Il s'assied à son bureau.

Le jeune homme ne se sent pas chez lui. Étranger dans sa propre maison, tout semble éphémère… Une famille de remplacement avec un amour factice… L’homme n’est pas son père et la femme n’est pas sa mère.

Sa plume glisse sur le papier blanc en de longs mouvements réfléchis. Pour une fois dans sa vie, il s'applique. Il sait qu'il ne l'aime pas... Il n'aime pas et n'aimera plus jamais.

Il relève sa feuille et la parcourt de ses yeux maintenant presque bleus ; indifférent aux fines gouttelettes qui perlent sur la vitre embuée de la fenêtre depuis bientôt deux heures.

Puis, la pluie part aussi soudainement qu'elle s'est introduite dans le quotidien des parisiens... Il en profite pour faire une pause.

Il prend sa feuille et sort sur le balcon de pierres grossièrement taillées.

Même soleil d'hiver, mêmes bruits de brindilles

Il touche la pierre glacée, le givre sur les grilles.

Il éprouvera peut être quelque chose cette fois-ci... Un sentiment... Qui sait...

Il lui a écrit une lettre... Poème dont il ne se révélera l'auteur que si sa muse s'en trouve émue ou du moins flattée...

« As-tu déjà aimé pour la beauté du geste ?

As-tu déjà croqué la pomme à pleines dents ?

Pour la saveur du fruit, sa douceur et son zeste...

T'es-tu perdue souvent ? »

Il est froid, calculateur... Son esprit inventif n’est pas mis à contribution aujourd’hui… Repêcher quelques phrases dans un texte peu connu, les tourner à sa manière, le mal est fait.

« Si tu as déjà aimé, déjà croqué en ce fruit défendu,

Déjà plongé dans cet éternel océan... »

Le couple de sa famille d'accueil se dispute en dessous...

« Si tu as déjà goûté à ces amours de courte haleine, qui nous embaument le cœur, le cerveau et la tête, au dehors comme au-dedans... »

Il passe du « tu » au « nous » avec subtilité...

« Alors tu en demanderas, tu en chercheras encore, jusqu'à la fin des

temps. »

Ça y est, ils ont réveillé le bébé.

Il réfléchit encore... Il reprend sa plume et ajoute une dernière phrase...

« Mais quand ce parfum nous quitte, quand la vie n'a plus d'odeur,

C'est en un vaste champ de mines, que se transforme notre cœur. »

Ce soir encore, il prendra une douche pour mieux s'endormir.

Ce soir encore, il éteindra la lumière pour se sentir en sécurité.

Ce soir encore, il écoutera sa musique, à travers ses cheveux mouillés.

Et ce soir encore, il n'arrivera pas à pleurer.

mercredi 16 juin 2010

Saveur Inconnue





Elle, c'est Amandine, il aime ses yeux sombres et charbonneux qu'il croise furtivement dans les couloirs du lycée, il aime sa chevelure ébène qu'elle balance de temps en temps en un geste presque hypnotique, il aime le parfum d'Iris et de menthe qu'elle dégage quand elle passe devant lui, l'air de rien...

Et, par dessus tout, il a aimé la façon dont elle lui a sourit après qu'elle ait lu le papier plié dans son casier.

A genoux, devant la porte ouverte de laquelle s'était échappé le mot doux, elle a légèrement tourné la tête vers le bout du couloir. Ses yeux virant presque au noir, et, sans le quitter du regard elle place le poème dans sa poche.

Elle a soutenu son regard et son sourire malicieux jusqu'à ce qu'il se retourne et disparaisse l’orgueil flatté dans les escaliers menant aux salles de cours.

Il sait maintenant.

Il le savait depuis le début. Il ne tente jamais rien sans savoir.

« Pas de duel avec le doute comme ça. »

mardi 15 juin 2010

Saveur Inconnue





Ce week-end, il est chez Zoé, blonde, légère, pétillante de vie... amoureuse. Un bon champagne que l’on ne sort pas pour noël mais plutôt dans l’intimité de retrouvaille entre vieux amis, le goût en sera meilleur car, à défaut d’être exceptionnel, ne sera apprécier qu’une fois.

« Un feu de paille zoé. »

Seul dans la chambre du troisième étage.

Les volets mi-clos.

Juste de fins rais de lumière bleutée par les rideaux de soie peuvent pénétrer la chambre.

Ces intrus donnent à la pièce un charme paisible et calme.

La douceur de l'air en cette fin d'après-midi d'automne dulcifie déjà son futur sommeil.

Il est trois heures. Ses yeux se ferment derrière une mèche aussi sombre que son âme.

Plus un bruit.

Ils sont là, tous les cinq, dans le 4X4 noir chargé de bagages les ramenant à Paris.

Les deux petits dorment déjà et lui écoute d'une oreille distraite les divergences animées des critiques littéraires s'échappant de la radio.

L'œil attentif de son père pointé vers la longue file de voitures qui les attend à l’entrée de la capitale.

« Papa... »

La silhouette svelte de sa mère qui se retourne pour vérifier que le bébé va bien.

« Maman... »

Il ouvre les yeux.

Seize heures.

Le souvenir de ses parents l’embaume dans la pénombre :

Cela va faire un mois que l'on s'est quittés.

À 15 ans, je m'en rends compte ... la pauvreté de ma vie ...

Elle est touchante.

Je les vois partout, chez les gens qui s'aiment ...

Chez les gens qui ne s'aiment plus...

Je m'enroule dans mes draps, je me retourne encore.

Le sommeil ne vient pas ... il le faut pourtant.

Le monde des rêves est et restera l'unique lien ...

Entre nous.

Alors pourquoi me lever ?

Pourquoi ne pas rester ?

Cela n'empêchera pas le monde de tourner.

J'étais... je ne suis plus rien.

La vie n'a plus d'intérêt, les goûts sont fades.

Les odeurs ne m'évoquent que des couleurs abstraites et les sentiments m'indiffèrent.

Serais-je un jour capable d'effacer

De mon cœur ces ignobles pensées ?

Non...

La seule et unique issue semble être la mort.

Loin de tout, oublier, sans problèmes, sans soucis ...

Sans amis ... sans histoires ... la fin.

Cette idée me traverse comme une vague, belle et éphémère, traverse l'océan de mes pensées.

Une larme... Une larme ?

Non...

La mort, il n'y a rien après, plus un son, plus un bruit.

Entortillé dans mes draps je crois penser à cela ...

J'écoute chanter le vent ...

Je crois me lever maintenant.

lundi 14 juin 2010

Saveur Inconnue


Chapitre 2 : Décembre



On n'oublie jamais son premier amour. Seul sentiment sincère dans un monde qui n'est qu'une grande comédie. Tout le monde a son rôle, tout le monde a son masque. Et tout le monde participe à cette gigantesque farce.

La vie...

Elle lui a donné rendez-vous Pont Alexandre III, il est arrivé avec quatre minutes d'avance et elle avec sept de retard. Un léger frisson lui parcourt l'échine quand elle se blottit dans ses bras... Un regard vers le dôme déjà éclairé du grand palais... Ils partent.

Il sait qu'il n'y a personne chez lui...

Au fil des baisers, son cœur se fait sentir, son esprit ne lui sert plus. Il la prend par la taille, lui effleure la hanche. Elle le pousse sur le lit couleur paille, comme une simple revanche. Il se tourne, doucement, la regarde longuement. Ces mêmes beaux yeux noisette, reflet d'une âme ingénue comme la rosée du matin…

« Tes lèvres, délicatement, sur les miennes amoureusement... »

Deux têtes brunes sur l'oreiller...

Deux mégots dans un cendrier...


dimanche 13 juin 2010

Saveur Inconnue




Les fêtes.

Grand moment de solitude pour un adolescent... Trop âgé pour croire en la magie de Noël et pas encore assez pour s'en amuser.

Il ne neige pas sur Paris... il pleut, encore et toujours... cette même pluie fine, glaciale et continue qui rythme la vie des habitants.


« Il fait presque nuit,

L'air se rafraîchit,

Le vent se lève,

Et les bouleaux blancs se vident de leur sève.

Les premières gouttes tombent

Puis d'un coup, l'hécatombe

Les chats se cachent sous les gouttières

Les hommes, maladroits, se terrent

Une nouvelle nuit sans lune commence alors

Sans nuage, sans âme, rien qu'un filet d'or. »


Il repose sa plume, pousse sa chaise en bois et retourne la rejoindre sur le balcon.

Il la prend savoureusement par les hanches, puis, comme pour en faire sa captive il resserre ses bras autour de sa taille, laissant glisser ses mains sur la peau délicate recouverte par le cashmere gris de son pull... La sensation est sublime.

Il retourne vers son carnet et débouche nerveusement le capuchon vernis...


« Il faut vivre »

samedi 12 juin 2010

Saveur Inconnue


Chapitre 3 : Janvier



Elle marche vers lui d'un pas précipité.

Il ne la voit pas venir. Il ne veut pas. Il ferme les yeux et attend le choc.

Adossé contre le mur gris de son lycée, il essai de discerner le claquement des talons noirs qui résonnent à travers la foule.

Il allume une Lucky... peu importe.

Il pense, il se souvient...

Son père qui se retourne pour couvrir d'un regard protecteur le petit endormi...

L'Audi noire qui fonce à une centaine de kilomètre/heure et qui tente de doubler à gauche...

L'énorme claque qu'il reçoit le fait tituber pendant 5 bonnes secondes.

Elle le prend par le col et le plaque contre le bâtiment...

La cigarette et toujours là, plantée entre ses lèvres...

Il lève les yeux au ciel.

Le ciel… il n'a jamais été aussi beau.

Elle cogne contre son épaule, son mascara perle lentement aux coins de ses yeux, lui qui ne supporte pas l'eau salée.

Les nuages... Juste être un nuage...

L’incident commence à attirer quelques regards. Vagues chuchotements :

« C'est pas Amandine ? Qu'est-ce qu'il a foutu cet abruti ? »

Elle s'est calmée... sa tête baissée laisse découvrir sa nuque...

Il ne regarde pas... toujours ce ciel...

Elle lui met un papier dans le creux de la main...

Sûrement le dernier mot qu'il lui ait écrit... sans tristesse ni remords...

Il ne l'a pas senti partir... il se baisse enfin pour ramasser le bout de papier lassé tombé sur le trottoir.

Il allume une autre cigarette. Il sait ce qu'il va lire...

Il le parcoure une nouvelle fois, ce papier qu’il croit être un papier de séparation, sur lequel elle lui dira combien elle le déteste...

Ce papier bleu cobalt sur lequel il lui avait dit tant de fois je t'aime.


« Il est 5 heures...

Je quitte nos draps trempés de sueur.

De ma main, j'effleure ta peau.

Je pense déjà à tes prochains sanglots.

Il fait encore nuit.

Et rares se font les bruits.

Tu es tournée vers la fenêtre.

Tu es tous ce que je ne pourrais jamais être.


Je m'en vais bien avant l'heure...

Je m'en vais bien avant de te trahir...

Je m'en vais en gardant toute ton odeur...

Je m'en vais avant que l'on ne puisse en rire...


Je m'habille en te regardant dormir.

Je songe en te regardant sourire.

Je décapsule une blonde, une alliée.

Je bois modérément... déjà presque enivré.

En refermant la porte du frigo,

Je jette un regard à nos vieilles photos.

Tous nos exploits... Passés.

Tout ce bonheur... Envolé.


Je m'en vais car l'on s'est vus volés...

Je m'en vais avant que l'on ne puisse atterrir...

Je m'en vais car l'on s'est tant aimés...

Je m'en vais bien avant de te détruire...


Je reste de longues minutes, assis.

Sur la vieille chaise en bois rougit.

Je t'observe... lassé.

J’espère que de ton coté,

Jamais tu ne puisses m'oublier.

Jamais comme je l'aie fait.

Je n'espère jamais, une autre vraiment trahir.

Je n'espère jamais un autre jour vraiment partir.


Je m'en vais en croyant que tout est vrai...

Je m'en vais avant de te découvrir...

Je m'en vais avant que l’on ne se laisse aller...

Je m'en vais bien avant de te trahir...


Je pense en écoutant, derrière moi, la porte claquer.

Je pense qu'il faudra tout recommencer.

Je pense dans la cage d'escalier.

Que c'est du mauvais bateau que je me suis jeté.


Je n'ai aimé que toi...

Je t'embrasse jusqu'à en mourir...

Je n'ai aimé que toi...

Je t'embrasse jusqu'à en mourir...


Je m'en vais pour tout recommencer...

Je m'en vais pour ne jamais m'assagir...

Je m'en vais car tout est si léger...

Je m'en vais en te regardant dormir...


Je m'en vais pour ne jamais t'oublier...

Je m'en vais sans même te l'écrire...»


Il pense à déchirer la feuille... La plie, la range.

Il a encore tout faux...

vendredi 11 juin 2010

Saveur Inconnue


Chapitre 4 : Février




« Je ne me soucie pas de faire de belles phrases, j'écris c'est tout. »

Il en est encore abasourdi.

En dévalant la piste froide et immaculée, il retourne mentalement les pages de ces derniers jours.

Ils se parlent facilement, sans ambiguïté.

Elle n'a peur de rien.

Un je-ne-sais-quoi quoi de… vivant.

Il la rencontre rapidement, marchant entre les étroites ruelles de Montmartre, elle le met vite à l'aise.

Autour d'un café, elle lui raconte.

Tout.

Son instinct, ses envies, sa vie.

Elle a une façon de raconter… elle anime tout ce qu'elle touche de près ou de loin.

Elle lui confie innocemment ses peurs, ces craintes.

Il entre dans sa vie comme dans une belle photo d’Izis. Elle rend pittoresque ce qui ne l'est pas pour un autre.

Il tente de plonger ses yeux gris dans le regard fuyant de la lycéenne.

Il y croirait presque. Derrière son sourire angélique, il y a une autre fille. Il en est maintenant sûr… les habitués de la tristesse la reconnaissent facilement.

Cette façon qu'elle a de ne jamais se laisser prendre à revers.

Les nombreux regards discrets qu'elle jette au dessus de l'épaule du jeune homme ému.

Elle finit vite son café et s'attache les cheveux. Comme si elle n'avait rien à cacher. Comme si...

Elle était heureuse.

Qui y'a-t-il derrière cet imperceptible regard ?

Elle est si jolie...

Quand, sur le quai du métro, elle lui tend sa nuque pour qu'il y dépose un compliment sur son parfum, l'idée ne lui vient pas même d'y déposer autre chose.

Il pense... il ne cherchera pas aujourd'hui ce qui se cache en elle... juste aujourd'hui... laisser la magie de cet après-midi s'évaporer en douceur comme la rosée du printemps.

Laisser son souvenir s'effacer dans la nuit, laisser le soleil s'éveiller et les étoiles fleurir.

Laisser le ciel emporter, dans un mistral aux senteurs d'été, son portrait à peine brossé.

Il ferme les yeux.

Il n'entend même plus la foule amassée autour de lui, les regards inquiets... il est allongé par terre. Son bras est peut-être brisé. Il ne sent plus rien.

« Je ne me soucie pas de faire de belles phrases, j'écris c'est tout. »

jeudi 10 juin 2010

Saveur Inconnue




« Une sacrée collision ! »

À voir la mine enjouée du médecin, rien de grave.

La pièce d'un blanc immaculé... blanc, trop blanc. C'est un blanc surfait, un blanc artificiel, rien à voir avec la montagne.

Tout est surjouer dans un hôpital, on fait sembler de vous connaître, de s'intéresser, d'avoir du temps à vous consacrer.

« Aucun acte n'est désintéressé... c'est le propre de l'homme de rechercher son bien être... que ce soit par la méchanceté pure ou, plus subtilement, par le rachat d'une bonne conscience... »

Pathétique...

Les quelques brides de phrases qui parviennent jusqu'à lui le tire de sa réflexion.

« ... plus de ski... garçon solide... repos... »

Le jeune garçon tourne son regard froid vers sa petite table de chambre sur laquelle on a posé quelques-uns des livres encore épargnés de sa bibliothèque.

Après un mouvement de tête comme pour s'assurer que sa chevelure foncée était toujours en place, il jette un dernier regard à un père qui part rejoindre sa femme et sa fille laissant l'adolescent en tête à tête avec Gide, Camus, Rimbaud et les autres...

Seul ? La solitude, c'est de ne pas supporter sa propre compagnie. Juste un besoin d'exister à travers les autres.

Alors... est-t-on vraiment seul ?

Il débouche une fois de plus le capuchon du stylo plume qui ne le quitte plus.

« Petite princesse, ma beauté, ma promesse

Depuis dimanche, que je ne t'ai revue,

Tout me manque, tes baisers, tes caresses

Tu me hantes, de l'aube claire jusqu'aux soir venu. »

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